Dès l’Antiquité, Aristote et d’autres philosophes ont identifié le bonheur comme la fin ultime de l’existence humaine.
Une des tentations, dans cette quête du bonheur de notre humanité, peut se retrouver dans la tirade du « non-merci » dans la pièce d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, qui se conclue par ces mots : « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! » (Acte II, scène 8).
Il semble, en effet, plus glorieux de se reposer sur ses seuls mérites que de dépendre du travail ou du génie d’autrui. Pourtant, nos réalisations, si grandes soient-elles, laissent toujours en nous un sentiment d’inachèvement.
Nous devons reconnaitre que notre recherche de la joie profonde de répondre à la vocation de notre humanité nous pousse à reconnaitre que nous trouvons vite notre limite et notre incapacité. Comment, dès lors, être heureux dans ces conditions ?
Face à cet idéal d’autonomie, les Béatitudes proposent une voie radicalement différente.
En effet, les béatitudes, que nous entendons ce dimanche, sont souvent conjuguées au futur, et nous invitent à ne pas confondre nos joies d’un moment avec le bonheur éternel. Non pas qu’il nous faille renoncer à toute joie en notre temps, mais qu’elles ne doivent pas supplanter dans notre esprit notre aspiration à la joie éternelle. Cela est d’autant plus marquant quand nous constatons que beaucoup de ces promesses semblent associées à des expériences douloureuses : pleurs, insultes… Jésus nous invite à rentrer dans ce que le Pape Benoit XVI décrivait comme un renversement de valeurs, ce que saint Paul annonçait « ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 28).
Si nous ne pouvons pas acquérir notre bonheur par nos propres forces, si même nos repères sont mis en difficultés, il ne nous reste plus que la grâce divine pour devenir heureux.
Le concile Vatican II nous rappelle que « la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine » (Gaudium et Spes 22).
Le prophète Sophonie nous invite à rechercher la justice et l’humilité, deux vertus qui nous ajustent à Dieu lui-même, en vue de devenir saint. Le bonheur n’est ni une conquête solitaire, ni une possession définitive, mais un don qui se reçoit et se vit dans l’ouverture à Dieu.
Nos efforts ne nous permettent pas tant d’acquérir le ciel, que de laisser la grâce nous y conduire.
P. Louis SERARD, curé+
