À la fin de l’évangile selon saint Matthieu, nous entendons Jésus donner cette consigne aux apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 19-20). Pourtant, l’évangile que nous entendons ce dimanche nous montre bien que, même des disciples qui ont suivi le Christ pendant des mois, écouté assidument son enseignement et reçu le témoignage de Marie-Madeleine, Pierre et Jean, restent sceptiques. Alors pour nous, vingt siècles plus tard, l’annonce de la résurrection du Christ peut sembler une mission impossible. Pourtant, la consigne demeure.
La famille chrétienne est parfois appelée « Église domestique », car elle est le premier lieu de l’exercice de la charité et du témoignage de la foi. Lors du baptême d’un petit enfant, les parents ne s’engagent pas à « donner » la foi à leur enfant mais à être pour lui les premiers témoins de cette foi par la parole et l’exemple. Ils s’engagent à lui offrir une éducation chrétienne, créant ainsi un terreau où la grâce pourra germer.
Cette nuance est capitale : la foi est un don de Dieu qui trouve un cadre porteur dans la famille et la communauté paroissiale, mais qui ne s’y réduit pas. L’Esprit-Saint, comme le dit Jésus à Nicodème, « souffle où il veut » (Jn 3, 8) : les catéchumènes et les recommençants, qui surgissent parfois là où on ne les attendait pas, en sont les témoins lumineux. Cela attriste parfois les parents de voir leurs enfants ne pas accueillir le don de Dieu ; mais la liberté de l’Esprit doit aussi nous consoler : si la foi ne se transmet pas comme un héritage, elle n’est jamais non plus définitivement hors de portée de personne.
Pour en revenir aux disciples d’Emmaüs, ils avaient entendu les témoignages, mais il leur manquait encore une chose : que Jésus se révèle à eux. Avant de se faire reconnaître dans le geste du pain rompu, le Christ a pris le temps de marcher à leur côté, de rejoindre leurs doutes et d’éclairer leur intelligence par les Écritures. C’est lui qui fait le dernier pas. Notre rôle, selon nos charismes, est de faciliter cette rencontre. Demandons la grâce d’aider cette rencontre avec le ressuscité.
p. Serard+, curé
