Nous avons peut-être tendance à lire un peu rapidement les paroles du Christ qui répond à la question de saint Pierre que nous entendons dans les lectures de ce dimanche. Il peut nous paraitre légitime de se poser la question du pardon quand les blessures s’accumulent. Le produit de 70 fois 7 fois (à savoir 490) semble marquer une certaine plénitude de la perfection, le chiffre 7 étant un symbole de plénitude. C’est certainement juste, mais peut-être que la réponse de Jésus est plus profonde.
Cette multiplication peut faire référence à au moins une mention précédente, et compte tenu du fait qu’il est présent dans le livre de la Genèse, Pierre a sans doute fait le lien.
Il nous faut remonter aux enfants d’Adam et Eve. On se souvient de Caïn et Abel, mais parfois on oublie parfois Seth. Caïn eut un fils Henok (cf. Gn 4, 17) et de cette descendance naquit Lamek. « Lamek dit à ses femmes : « Ada et Silla, entendez ma voix, épouses de Lamek, écoutez ma parole : Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois ! » » (Gn 4,23-24). Dans ces mots, nous retrouvons cette plénitude, mais cette fois dans la vengeance.
Le pardon n’est pas l’oubli, il n’est pas non plus un relativisme et il est la juste alternative à la vengeance. Le pardon permet de rétablir la justice, c’est-à-dire de retrouver la vérité qui rend libre (cf. Jn 8, 32). Quand nous demandons pardon, ou quand nous sommes invités à pardonner, nous ne nions pas les blessures, nous affirmons que le mystère de l’humanité est plus grand que ce qu’elle en montre et plus encore que la miséricorde divine est plus grande encore que tous les jugements.
Rendons grâce à Dieu, sa miséricorde est plus grande que la justice humaine !
p. Serard+, curé
