« Si j’étais Dieu, les choses ne se passeraient pas comme ça ! » nous pourrions, par ces mots, exprimer nos réactions profondes face aux injustices dans ce monde, et pire encore quand nous constatons des catastrophes naturelles. Ces scandales sont parfois pris comme des raisons (légitimes), plus encore quand elles sont commises par des croyants, (et pire encore quand elles le sont par ceux que le Seigneur appelle à imiter le Bon Pasteur), pour certaines personnes de se reconnaître athées. Soit Dieu, tout puissant par définition, permet le mal et donc ne nous aime pas : nous saurions donc qu’il existe mais nous ne pourrions pas avoir foi en lui. Soit il n’existe pas. Confrontés à tant de drames et de souffrances qui y sont liés, ces conclusions peuvent être compréhensibles, mais elles font abstraction de deux choses.
La tentation de se mettre à la place de Dieu est douteuse, mais pas nouvelle. Par la parabole de ce dimanche, le Christ nous met en garde, comme il mettait en garde ses contemporains, à veiller à ce que nous ne cherchions pas à nous comparer à Dieu, car nous ne sommes pas Lui. Cet avertissement résonne particulièrement avec les mots que Dieu inspirait déjà au prophète Isaïe : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Is 55, 8), dans la première lecture. Nous pouvons remonter jusqu’à la tour de Babel, quand les hommes cherchaient à monter aux cieux, rejoindre le royaume de Dieu par leurs moyens humains. Plus tôt, quand Caïn tue Abel, et s’octroie le droit de vie ou de mort sur son frère. Et primordialement : Adam et Eve qui préfèrent se donner à eux-mêmes les lois qui ne relèvent que du Créateur. Bref, prendre conscience de cette tentation est une invitation à honorer dignement notre ordre de créature, et à demander cette grâce de l’Esprit-Saint : « la crainte du Seigneur » (Is 11, 3). Soyons d’humbles serviteurs du Seigneur.
Cette tentation pourrait nous empêcher d’accueillir Jésus. Dieu vient rejoindre notre humanité dans ce qu’elle a de plus simple, et sans faire l’économie des injustices : il est pourchassé, menacé de lapidation, calomnié, trahi, et même embrassé par le traitre, torturé et condamné à mort comme un meurtrier. Lui, le tout puissant, nous accompagne dans les injustices. Pour Lui et par Lui, ces injustices qui conduisent à la mort n’ont pas de prises sur la Vie. Il nous fait traverser les souffrances et la mort pour nous ouvrir à la Vie.
Résistons à la tentation de nous prendre pour Dieu, car c’est Lui qui nous prend avec Lui.
p. Serard+, curé
